Quand la douleur n’est pas la scoliose : un cas de réorganisation du système nerveux chez un adolescent sportif
- Andy Audet
- il y a 16 heures
- 5 min de lecture

UN PETIT CAS DE CETTE SEMAINE
Un adolescent de 15 ans est venu me consulter parce qu’il développait régulièrement des douleurs après le sport.
Badminton.
Hockey.
Et d’autres activités physiques.
À chaque fois, c’était différent :
douleur à la hanche,
douleur au genou,
douleur à l’épaule,
douleur au dos.
Cela durait déjà depuis un certain temps.
Son père avait déjà essayé de l’aider en consultant différents professionnels. L’explication qu’ils entendaient le plus souvent était simple :
« C’est probablement à cause de sa scoliose. »
Les stratégies habituelles ont donc été mises en place :
étirements
renforcement
essayer de gérer l’inconfort
À un certain moment, ils ont réalisé que simplement gérer le problème à long terme n’avait pas vraiment de sens. Ils ont donc commencé à chercher une autre approche.
C’est à ce moment-là qu’ils m’ont trouvé.
PREMIER RENDEZ-VOUS : UN SYSTÈME PLEIN DE COMPENSATIONS
Lors de la première séance, j’ai effectué plusieurs évaluations.
Observation posturale.
Tests musculaires.
Vérifications de base du mouvement et de la coordination.
Très rapidement, quelque chose est devenu évident.
Son corps travaillait extrêmement fort pour compenser.
Des muscles qui devraient normalement stabiliser facilement n’étaient pas capables de résister à une légère pression.
Certains mouvements manquaient de coordination.
Sa posture montrait plusieurs adaptations suggérant que le corps tentait constamment de se réorganiser.
Fait intéressant, son père l’a remarqué immédiatement.
De l’extérieur, même sans comprendre les détails, il voyait bien que quelque chose n’était pas normal.
Pour l’adolescent lui-même, l’expérience était surprenante.
Il avait l’impression de donner tout ce qu’il pouvait pendant les tests, mais parfois il ne pouvait pas résister même à une légère pression d’un seul doigt.
C’est souvent un signe que le problème n’est pas simplement une question de force.
Il s’agit plutôt de la manière dont le système nerveux organise le mouvement.
La recherche en contrôle moteur montre depuis longtemps que l’efficacité du mouvement dépend d’une intégration précise des informations sensorielles et des réponses motrices, et non seulement de la force musculaire (Wolpert, Diedrichsen & Flanagan, 2011).
LES PREMIERS CHANGEMENTS
Après la première séance, il est reparti avec seulement quelques exercices :
• un exercice visuel
• un exercice vestibulaire
• un exercice de stimulation du pied
Ces exercices visaient à améliorer les repères sensoriels et la coordination.
Le temps total nécessaire à la maison était de seulement quelques minutes par jour.
DEUXIÈME RENDEZ-VOUS : LE CORPS SE RÉORGANISE DÉJÀ
Lorsqu’il est revenu pour la deuxième séance, nous avons immédiatement remarqué des changements.
Sa posture avait changé.
Fait intéressant, l’asymétrie s’était déplacée de l’autre côté.
Au lieu d’avoir une hanche plus haute, c’était maintenant l’autre qui semblait davantage élevée.
Cela peut sembler étrange, mais cela suggère souvent que le système explore de nouvelles façons de s’organiser.
Sa douleur avait également diminué de manière significative.
Il estimait qu’elle représentait environ 20 à 30 % de ce qu’elle était auparavant, et certaines douleurs avaient complètement disparu.
À ce moment-là, nous sommes allés plus loin.
La séance comprenait :
• des ajustements de ses exercices visuels
• un travail d’intégration vestibulaire
• l’intégration de réflexes primitifs
• un travail sur les nerfs crâniens et les fascias
• un travail plus profond de coordination
Toutes ces interventions visent à améliorer la manière dont le système nerveux organise la posture et le mouvement, plutôt que de forcer directement les muscles.
Les recherches sur l’apprentissage sensorimoteur montrent que le cerveau met continuellement à jour ses modèles internes de mouvement grâce aux informations sensorielles et aux prédictions (Wolpert et al., 2011). Lorsque l’information devient plus claire, les schémas de mouvement peuvent se réorganiser naturellement.
TROISIÈME RENDEZ-VOUS : PLUS DE DOULEUR APRÈS LE SPORT
Au début de la troisième séance, je lui ai demandé comment les choses s’étaient passées.
Il a répondu simplement :
« Bien… et toi ? »
J’ai précisé ma question.
Je ne faisais pas de petite conversation.
Je voulais savoir comment son corps se sentait après le sport.
Il a marqué une pause et a dit :
« En fait… tout va bien. Aucune douleur. »
Son père n’avait rien de particulier à ajouter.
Aucune plainte après le hockey.
Aucune plainte après le badminton.
La principale raison de la consultation avait pratiquement disparu.
QU’EST-CE QUI A CHANGÉ ?
Fait intéressant, sa scoliose n’avait pas soudainement disparu.
Mais plusieurs autres choses avaient changé.
Sa posture semblait différente.
Son corps bougeait différemment.
La rotation de son cou, qui était auparavant limitée, était maintenant complète des deux côtés.
Nous mesurons cela en différentes étapes de rotation, et auparavant il atteignait seulement environ deux à quatre niveaux.
Lors de cette séance, il atteignait l’amplitude complète.
Sept sur sept.
Sans aucune intervention ce jour-là.
Ces changements étaient simplement le résultat du travail effectué lors des deux séances précédentes.
LE RÔLE DU SYSTÈME VESTIBULAIRE
Lors de la troisième séance, nous nous sommes principalement concentrés sur le système vestibulaire, qui joue un rôle clé dans l’orientation, l’équilibre et le contrôle postural.
Les informations vestibulaires font partie des principaux systèmes que le cerveau utilise pour déterminer où se trouve le corps dans l’espace (Angelaki & Cullen, 2008).
Lorsque ces informations s’améliorent, la posture et la coordination du mouvement peuvent se réorganiser.
Dans son cas, des exercices vestibulaires spécifiques ont immédiatement réduit la posture penchée vers l’avant que son corps avait adoptée.
Nous avons également continué à intégrer :
• la coordination fasciale
• le feedback tendon-muscle
• le travail de précision sensorimotrice
• les schémas moteurs primitifs (rouler, ramper, etc.)
Ces schémas font partie du développement moteur précoce et contribuent à organiser la coordination globale du système nerveux.
PRÉCISION ET CERVELET
Un exercice que nous avons utilisé impliquait une tâche sensorimotrice simple mais puissante.
Pendant que je traçais un chemin tactile de son abdomen vers son épaule puis vers sa main, il devait fermer sa main exactement lorsque le toucher atteignait le centre de sa paume.
Au début, il anticipait le mouvement.
Parfois trop tôt.
Parfois trop tard.
Occasionnellement, l’autre main ou même ses pieds se contractaient.
Ces petites erreurs révèlent comment le cerveau prédit et coordonne les mouvements.
Le cervelet joue un rôle central dans ce processus en affinant la précision et le timing des mouvements (Manto et al., 2012).
Avec la pratique minime (3-7 répétitions), la précision s’est améliorée.
CE QUE CE CAS MONTRE
Ce cas illustre quelque chose d’important.
L’explication initiale de sa douleur était structurelle :
la scoliose.
Mais après deux séances, la douleur avait disparu alors que la scoliose était toujours présente.
Ce qui avait changé, c’était la façon dont le corps s’organisait.
Lorsque le système nerveux reçoit des informations sensorielles plus claires et que la coordination s’améliore, le système peut se réorganiser.
Parfois les symptômes disparaissent avant que les changements structurels apparaissent.
Avec le temps, à mesure que l’organisation s’améliore, la structure peut également s’adapter.
LE TRAVAIL CONTINUE
À ce stade, nous sommes encore tôt dans le processus.
Le corps a déjà commencé à se réorganiser et les symptômes qui l’avaient amené ici ont presque disparu.
Le travail consiste maintenant simplement à continuer à donner au corps les conditions nécessaires pour qu’il poursuive sa réorganisation. Lorsque cela se produit, la structure suit souvent et le corps finit par trouver son chemin.
Si vous ou quelqu’un que vous connaissez souffrez de douleurs récurrentes pendant le sport, de problèmes posturaux ou de conditions comme la scoliose, il peut être utile d’explorer si l’organisation du corps elle-même pourrait faire partie de l’équation.
Vous pouvez en apprendre davantage sur mon approche ici : Posturologie
Parfois, la structure n’est pas le point de départ.
Parfois, elle reflète simplement la manière dont le système s’est organisé.
Références
Wolpert, D., Diedrichsen, J., & Flanagan, J. (2011). Principles of sensorimotor learning.
Angelaki, D., & Cullen, K. (2008). Vestibular system: the many facets of a multimodal sense.
Manto, M., et al. (2012). The cerebellum, cerebellar disorders, and cerebellar research.
Andy Audet – Un Corps Équilibré
Spécialiste De La Recalibration Corporelle Et Performance Humaine
Saint-Bruno-De-Montarville, Québec





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