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La force que l’on ressent — et celle que l’on peut utiliser

  • Photo du rédacteur: Andy Audet
    Andy Audet
  • il y a 6 heures
  • 6 min de lecture
Courbes Kinvent comparant une force maximale semblable mais une activation et un maintien différents.

Pourquoi se sentir solide ne révèle pas toujours comment le corps produit sa force


« Je suis fort. Ça ne peut pas être le problème. »


Parfois, l’évidence semble être là. Une personne peut tenir, pousser, transporter, résister ou rendre tout son corps solide. Elle peut se considérer comme naturellement forte. Son entourage peut avoir la même impression : rien ne la fait bouger.


Cette interprétation est compréhensible. La sensation est réelle. Mais le sentiment de force ne révèle pas nécessairement comment le corps a dû s’organiser pour la produire.


Souvent, se sentir fort reflète une véritable capacité. Le système nerveux recrute la quantité d’effort nécessaire, aux bons endroits, et le corps répond efficacement. À d’autres moments, toutefois, cette même impression de solidité peut provenir d’une stratégie différente : plusieurs régions se contractent ensemble, le mouvement devient moins dissocié, la respiration change et le corps crée de la stabilité en réduisant ses possibilités.

La sensation de force est une information réelle. Elle ne raconte simplement pas toute l’histoire.

 

La protection n’a pas qu’un seul visage


Nous imaginons souvent la protection comme une inhibition : une région devient difficile à recruter, le mouvement perd de la puissance ou le corps limite la force disponible. Cela peut effectivement se produire. La douleur, la perception d’une menace, la fatigue ou une information sensorielle incertaine peuvent modifier l’activation musculaire, le timing et la distribution de la charge.


Mais le corps peut également se protéger par une réponse qui semble opposée. Il peut augmenter l’activation globale, recruter simultanément des muscles opposés, rigidifier une articulation ou maintenir plusieurs régions comme un seul bloc. La recherche sur les adaptations motrices montre que les réponses protectrices ne sont pas identiques d’une personne à l’autre. L’activité musculaire peut augmenter dans certaines régions, diminuer dans d’autres ou être redistribuée pendant que le système poursuit un objectif semblable : préserver le contrôle et réduire le risque perçu (Van Dieën et coll., 2019; Hodges et coll., 2013).


La cocontraction peut être utile. Activer les muscles des deux côtés d’une articulation augmente sa rigidité et peut améliorer sa stabilité à court terme. C’est une option intelligente lorsque le système ne fait pas pleinement confiance au mouvement ou à l’environnement. Toutefois, cette même stratégie peut demander plus d’effort, restreindre le mouvement et rendre la force moins économique lorsqu’elle devient la réponse par défaut (Latash, 2018).


Voilà pourquoi une personne peut véritablement se sentir forte tout en s’appuyant sur une protection. Sa force n’est pas fausse. Elle peut simplement être une force coûteuse — une force produite en impliquant davantage le corps que la tâche ne l’exige réellement.


Quand solidité et adaptabilité se confondent


Un corps qui ne cède pas peut sembler fiable. Dans un moment précis, la rigidité peut même améliorer la performance. Mais le mouvement humain nous demande rarement de demeurer fixes. Nous devons accélérer, arrêter, changer de direction, absorber une charge, respirer, nous ajuster, puis relâcher ce qui n’est plus nécessaire.


Une distinction importante apparaît alors : la capacité de résister n’est pas toujours la capacité de s’adapter. Une personne peut produire beaucoup de force tout en ayant de la difficulté à y accéder rapidement, à la diriger avec précision, à la maintenir sans tension excessive ou à la relâcher après l’effort.


Ce que Kinvent ajoute à l’observation


C’est ici que mes observations avec Kinvent ont ajouté une autre dimension. Un dynamomètre ne lit pas directement le système nerveux et une courbe ne diagnostique pas une stratégie protectrice. L’outil permet toutefois de rendre visible la force externe dans le temps. Au lieu de nous fier uniquement à la sensation produite par une contraction — ou à la valeur la plus élevée — nous pouvons observer comment la force apparaît.


Courbes Kinvent comparant une force maximale semblable mais une activation et un maintien différents.
Deux résultats de force semblables peuvent cacher une organisation, une stabilité et un coût très différents.

Une personne peut accéder rapidement à sa force, la maintenir de façon stable, la reproduire et la relâcher clairement. Une autre peut éventuellement atteindre un niveau semblable, mais prendre plus de temps pour y parvenir, fluctuer pendant la contraction ou commencer à perdre sa force presque immédiatement. Le point d’arrivée peut se ressembler alors que l’accès à cette force est complètement différent.


La littérature scientifique fait la même distinction. La vitesse de développement de la force décrit la rapidité avec laquelle la force devient disponible et ne peut pas être confondue avec la force maximale (Maffiuletti et coll., 2016). La stabilité de la force — la capacité de maintenir une production contrôlée autour d’une cible — ajoute une autre dimension à la fonction motrice. La dynamométrie manuelle Kinvent a également démontré une bonne fiabilité pour mesurer la force, et des travaux plus récents appuient la fiabilité de l’évaluation de la contraction volontaire maximale et de la vitesse de développement de la force dans des tests standardisés (Olds et coll., 2023; Trybulski et coll., 2025).


La valeur ne consiste pas à donner une autorité absolue à une courbe. Elle vient plutôt de sa mise en relation avec la position, la qualité du mouvement, les compensations, les sensations, la respiration, la répétabilité et ce qui change lorsque le système reçoit une information différente.

Le sommet nous montre combien. La courbe nous aide à voir comment.

 

De la force maximale à la force utilisable


Cela nous amène à la notion de force utilisable.


La force utilisable ne se définit pas uniquement par la hauteur du résultat. C’est une force disponible au bon endroit, au bon moment et pendant la durée nécessaire. Elle peut être dirigée sans que chaque partie du corps ait besoin de se verrouiller. Elle demeure suffisamment stable pour soutenir la tâche, suffisamment adaptable pour répondre au changement et peut être relâchée une fois le travail terminé.


Cette perspective transforme également notre manière d’observer la progression. Parfois, la réorganisation produit une valeur de force plus élevée. Parfois, la force maximale change très peu, mais elle apparaît plus rapidement, se maintient avec plus de stabilité ou demande moins de tension globale. À d’autres moments, lorsqu’une compensation générale diminue, une limitation plus précise devient visible. Ce qui ressemble d’abord à une nouvelle faiblesse peut être une lecture plus claire de la façon dont la force était distribuée depuis le début. Cette possibilité doit être évaluée plutôt que présumée — mais elle explique pourquoi une impression générale de force peut parfois être trompeuse.


Des questions qui révèlent plus que « Suis-je fort? »


Même sans outil de mesure, une personne peut commencer à observer l’organisation derrière la sensation. L’effort exige-t-il de retenir sa respiration? La mâchoire, le cou, l’épaule opposée ou tout le tronc participent-ils à une tâche qui devrait être locale? La force est-elle disponible immédiatement? Peut-elle être maintenue sans trembler ni diminuer? Le corps peut-il relâcher ensuite? La même capacité demeure-t-elle accessible lorsque la position ou la demande change?


Ces questions ne servent pas à s’autodiagnostiquer. Elles permettent simplement d’élargir notre regard. Elles déplacent la conversation de « Jusqu’à quel point suis-je fort? » vers « Comment mon corps accède-t-il à sa force et comment l’organise-t-il? »


Une force qui offre plus de possibilités


Le but n’est pas de rendre le corps moins fort ni de lui enlever sa protection par la force. Cette protection existe pour une raison. L’objectif est d’aider le système à découvrir que la stabilité n’exige pas toujours la même quantité de tension globale.


Lorsque l’organisation change, la force peut devenir plus claire, plus rapide, plus précise, plus facile à maintenir et plus facile à relâcher. La personne n’a pas simplement gagné en force. Elle a gagné davantage de possibilités d’utiliser ce qui était déjà disponible.


C’est la différence entre la force que nous pouvons ressentir dans un moment précis et celle que nous pouvons réellement utiliser dans la vie : pas seulement plus de force, mais plus de liberté à l’intérieur de la force.



Vous vous sentez fort, mais votre mouvement demeure raide, coûteux ou difficile à relâcher? Il peut être utile d’observer comment votre corps organise et rend sa force disponible.



Andy Audet – Un Corps Équilibré

Spécialiste De La Recalibration Corporelle Et Performance Humaine

Saint-Bruno-De-Montarville, Québec



Scientific references

  • Van Dieën, J. H., et al. (2019). Motor Control Changes in Low Back Pain: Divergence in Presentations and Mechanisms. Journal of Orthopaedic & Sports Physical Therapy. Open-access article

  • Hodges, P. W., et al. (2013). New insight into motor adaptation to pain revealed by a combination of modelling and empirical approaches. European Journal of Pain. Article record

  • Latash, M. L. (2018). Muscle coactivation: definitions, mechanisms, and functions. Open-access article

  • Maffiuletti, N. A., Aagaard, P., Blazevich, A. J., Folland, J., Tillin, N., & Duchateau, J. (2016). Rate of force development: physiological and methodological considerations. European Journal of Applied Physiology, 116, 1091–1116. Open-access article

  • Olds, M., McLaine, S., & Magni, N. (2023). Validity and Reliability of the Kinvent Handheld Dynamometer in the Athletic Shoulder Test. Journal of Sport Rehabilitation, 32(7), 764–772. PubMed record

  • Trybulski, R., et al. (2025). Reliability and reproducibility of the Kinvent K-push dynamometer for assessing quadriceps strength and force development in athletes and untrained individuals. Frontiers in Physiology, 16, 1573748. Open-access article

  • Davis, L. A., et al. (2020). Force control during submaximal isometric contractions is associated with walking performance in persons with multiple sclerosis. Journal of Neurophysiology, 123(6), 2191–2200. PubMed record

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