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Comment le corps pense – Avant que la douleur apparaisse, il se pose déjà ces questions

  • Photo du rédacteur: Andy Audet
    Andy Audet
  • 1 mars
  • 6 min de lecture

Dernière mise à jour : 2 mars

Illustration montrant comment le cerveau organise le mouvement et la protection avant l’apparition de la douleur.

Avant de vous lever.

Avant de vous pencher vers l’avant.

Avant de tourner la tête.

Avant de commencer à marcher.

Avant de passer à l’action.


Votre corps s’est déjà organisé.


Pas au hasard.

Pas mécaniquement.

Mais en répondant à une série de questions internes constantes.


Des questions comme :


• Où suis-je dans l’espace ?

• Suis-je stable ?

• À quoi est-ce que je m’attends ensuite ?

• Est-ce sécuritaire ?

• Ai-je besoin de protection ?

• Quelle quantité d’énergie est disponible ?


La douleur ne fait pas partie de ces questions.

Et ce n’est pas la réponse non plus.


La stratégie d’organisation est la réponse.


La douleur est un signal — une information sur la manière dont cette stratégie fonctionne.


Pour comprendre la douleur récurrente, il faut comprendre comment le corps pense.


ÉTAPE 1 — LA FAÇON HABITUELLE DONT ON PENSE LA DOULEUR


La plupart d’entre nous pensons dans cet ordre :


Muscle → Articulation → Douleur


Si quelque chose fait mal, c’est que c’est tendu, faible, enflammé ou « déplacé ».


Cela semble logique.


Mais les muscles ne prennent pas de décisions.Ils exécutent des instructions.


La vraie question devient donc :


D’où viennent ces instructions ?


La douleur n’est pas créée au niveau du muscle.

Elle émerge de la manière dont le système organise le mouvement selon sa référence interne.


Comprendre la douleur exige de comprendre cette référence.


ÉTAPE 2 — LE CERVEAU ORGANISE LE MOUVEMENT


Votre posture et vos mouvements sont organisés automatiquement par votre cerveau.


Il recueille en permanence des informations provenant de :


• La vision

• L’équilibre (oreille interne)

• Les articulations et les muscles

• L’état physiologique interne


À partir de ces informations, il construit un modèle fonctionnel de votre position dans l’espace.


Les neurosciences appellent cela le traitement prédictif (Friston, 2010 ; Clark, 2013) :le cerveau prédit ce qui va se produire et prépare le mouvement en conséquence.


Votre corps bouge en fonction de ce qu’il s’attend à vivre — et pas seulement de ce qui se passe réellement.


Cette attente est construite à partir de la perception.


Et la perception est construite à partir d’une référence.


Votre référence est la carte interne que votre système nerveux a développée au fil du temps, à partir d’expériences passées, de blessures, de stress et d’adaptations.


Deux personnes peuvent effectuer le même mouvement et vivre une expérience totalement différente — non pas parce que le mouvement est différent, mais parce que leur référence l’est.


Cela répond à deux questions fondamentales :


Où suis-je dans l’espace ?

À quoi est-ce que je m’attends ensuite ?


Si la référence est claire et actualisée, le mouvement est fluide.


Si la référence est déformée ou dépassée, le système compense.


ÉTAPE 3 — QUAND LA PRÉDICTION DEVIENT PROTECTRICE


Imaginons que vous ayez déjà blessé votre dos.


Même après la guérison des tissus, le système nerveux peut continuer à considérer cette zone comme vulnérable.


Il peut continuer à prédire un risque.


Alors il augmente la tension musculaire.

Il limite le mouvement.

Il redistribue la charge.


Pas parce que vous êtes endommagé.

Mais parce qu’il protège.


La recherche moderne sur la douleur montre que celle-ci dépend non seulement de l’état des tissus, mais aussi de la manière dont le système nerveux interprète la menace et la sécurité (Moseley & Butler, 2015).


Cette interprétation dépend de la référence.


Si la référence interne n’a pas été actualisée,

l’organisation protectrice demeure active.


Cela répond à une autre question clé :


Ai-je besoin de protection ?


Si le système perçoit un risque — selon sa référence —

il s’organise de façon défensive.


La douleur peut apparaître non pas comme une réponse en soi,

mais comme un signal indiquant que la protection est active.


ÉTAPE 4 — CALIBRATION : LE SYSTÈME S’EST-IL MIS À JOUR ?


Le système nerveux compare en permanence :


Ce que j’ai prédit

vs

Ce qui s’est réellement produit


C’est le processus de calibration.


Imaginez soulever une boîte de lait que vous croyez pleine —

mais elle est presque vide.


Vous appliquez trop de force.


Votre cerveau avait prédit le poids selon sa référence.


Lorsque la réalité diffère, le système se recalibre.


La prochaine fois, le mouvement sera ajusté.


Un système sain met continuellement sa référence à jour.


Mais si la calibration ne se fait pas —

si la référence reste dépassée —

la stratégie protectrice se répète.


Cela répond à la question :


Ma prédiction était-elle exacte ?


Si la réponse n’est pas mise à jour,

la même organisation revient.


ÉTAPE 5 — POURQUOI LES ÉTIREMENTS ET LE RENFORCEMENT NE SUFFISENT PAS TOUJOURS


Les étirements augmentent l’amplitude.

Le renforcement augmente la capacité.


Les deux sont utiles.


Mais ils agissent au niveau de la sortie — les muscles.


Si la référence interne n’a pas changé,

le système nerveux continue d’organiser selon la même carte.


Vous pouvez ressentir un soulagement temporaire.


Mais sous fatigue, stress ou répétition,

le système revient à sa référence habituelle.


Cela renvoie directement à la question :


Ma carte interne a-t-elle changé ?


Sinon, l’effort renforce la compensation — et donc la stratégie existante.


ÉTAPE 6 — L’ÉTAT INTERNE COMPTE PLUS QUE VOUS NE LE PENSEZ


Votre système nerveux évalue constamment la charge :


• Stress

• Sommeil

• Charge émotionnelle

• Inflammation

• Disponibilité énergétique


Les recherches en régulation autonome et en psychoneuroimmunologie montrent que le stress et l’inflammation influencent la sensibilité à la douleur et le tonus musculaire (Sterling & Eyer, 1988 ; Tracey, 2002).


Un système surchargé protège davantage.


La protection augmente le tonus musculaire.

L’augmentation du tonus réduit la variabilité.

La réduction de la variabilité augmente la sensibilité.


Cela répond à la question :


Quelle est ma capacité en ce moment ?


Si le système se sent soutenu, il relâche.


Sinon, il garde.


La douleur devient alors un signal du coût de cette stratégie.


ALORS POURQUOI LA DOULEUR REVIENT-ELLE ?


Parce que la stratégie n’a pas été actualisée.


Parce que la référence n’a pas été recalibrée.


Parce que le système continue de répondre à ses questions fondamentalesà partir d’informations dépassées.


La hiérarchie ressemble à ceci :


Orientation — Où suis-je ?

Stabilité — Suis-je soutenu ?

Prédiction — À quoi est-ce que je m’attends ?

Calibration — Ai-je eu raison ?

Protection — Dois-je me protéger ?

Charge — Ai-je la capacité ?


L’organisation vient en premier.


La douleur vient ensuite.


La douleur n’est pas la cause.


Elle est un signal sur la manière dont le système s’organise.


OÙ LA POSTUROLOGIE INTERVIENT


La posturologie agit au niveau de l’entrée — au niveau de la référence.


Au lieu de forcer les muscles à se comporter différemment,nous évaluons et affinons les informations sensorielles que le cerveau utilise pour construire sa carte interne.


Lorsque la référence s’améliore :

L’orientation devient plus claire.

La prédiction s’actualise.

La calibration s’améliore.

La protection diminue.


Le mouvement change — non pas parce que quelque chose a été « relâché »,

mais parce que le système nerveux s’est réorganisé à partir d’informations plus précises.


Lorsque la référence du système se met à jour,

il n’a plus besoin de la même stratégie protectrice.


Et lorsque la stratégie change, la douleur diminue souvent en conséquence.


À RETENIR


Avant même que vous ressentiez une douleur,

votre corps a déjà répondu à plusieurs questions.


Il a construit une référence.

Formulé une prédiction.

Organisé une stratégie.

Ajusté sa protection selon la sécurité perçue et la charge.


La douleur n’est pas l’ennemi.


Et ce n’est pas le décideur principal.


C’est un signal sur la manière dont le système s’organise.


Lorsque nous aidons le corps à affiner sa référence,

à mettre à jour sa prédictionet à recalibrer sa protection —


l’organisation change.


Et lorsque l’organisation change,

la douleur diminue fréquemment —

non pas parce que nous avons attaqué la douleur,

mais parce que le système n’a plus besoin de ce signal.







Andy Audet

Spécialiste de la recalibration corporelle et performance humaine

Saint-Bruno-De-Montarville, Québec




Références

Clark, A. (2013). Whatever next? Predictive brains, situated agents, and the future of cognitive science. Behavioral and Brain Sciences.

Friston, K. (2010). The free-energy principle: A unified brain theory? Nature Reviews Neuroscience.

Moseley, G. L., & Butler, D. S. (2015). Fifteen years of explaining pain. The Journal of Pain.

Sterling, P., & Eyer, J. (1988). Allostasis: A new paradigm to explain arousal pathology.

Tracey, K. J. (2002). The inflammatory reflex. Nature.

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