Quand le corps se protège : un cas de compensation en squat
- Andy Audet
- 19 mars
- 4 min de lecture

QUAND UN SIMPLE SQUAT RÉVÈLE UNE STRATÉGIE DU CORPS
Une cliente dans la fin cinquantaine est venue me consulter pour une douleur au genou.
Son travail exige beaucoup de marche dans les parcs nationaux du Québec. Marcher est donc une partie essentielle de son quotidien professionnel.
Depuis un certain temps, son genou lui causait problème.
Avant cela, elle avait déjà vécu une fasciite plantaire. Puis la douleur s’était déplacée vers le genou.
La situation devenait inquiétante pour elle, surtout parce qu’elle devait bientôt retourner au travail.
L’anxiété autour de ce retour augmentait d’ailleurs la sensation de douleur.
CURIEUSEMENT, LA DOULEUR N’ÉTAIT PAS PRÉSENTE CE JOUR-LÀ
Lors de la consultation, elle ne ressentait pas de douleur.
Mais ce qui était très évident, c’était la compensation dans son mouvement.
Son corps continuait d’agir comme si quelque chose devait être protégé.
C’est une situation assez fréquente.
Le symptôme peut fluctuer, mais la stratégie du corps reste présente.
PREMIER TEST : OBSERVER SIMPLEMENT LE MOUVEMENT
Je lui ai demandé de faire quelques mouvements simples.
Rotation du tronc.
Flexion vers l’avant.
Extension.
Rien de très spectaculaire.
Puis je lui ai demandé un mouvement très simple :
s’accroupir.
Pas un squat d’entraînement.
Simplement descendre et remonter.
LA STRATÉGIE APPARAÎT IMMÉDIATEMENT
Dès le début du mouvement, on pouvait voir ce qui se passait.
Elle déplaçait son poids fortement vers la gauche.
Environ 30 degrés d’inclinaison pour éviter de charger le genou douloureux.
Elle ne s’en rendait pas compte.
La seule chose qu’elle remarquait était que son talon gauche décollait du sol.
Mais ce n’était pas le problème principal.
Le corps était simplement en train de choisir une stratégie de protection.
LE CORPS NE FONCTIONNE PAS COMME UNE MACHINE
C’est un point important.
Le corps n’est pas une machine qui exécute des pièces isolées.
C’est un système qui choisit des stratégies.
Quand certaines informations deviennent moins fiables, le système s’adapte.
Il privilégie les zones qu’il peut mieux contrôler.
C’est souvent pour cette raison que l’on voit des déplacements de poids dans un squat.
Beaucoup de gens pensent alors que c’est un problème de force musculaire.
Mais très souvent, c’est plutôt un problème de confiance neurologique dans le mouvement.
Le corps se déplace vers le côté qu’il perçoit comme le plus stable.
UNE OBSERVATION SURPRENANTE
Dans ce cas précis, je m’attendais à ce que la cause se situe au niveau du pied.
C’est souvent le cas.
Quand la perception du pied est moins claire, le cerveau favorise le côté qu’il ressent le mieux.
Mais cette fois-ci, le problème venait d’ailleurs.
LE RÔLE DU DIAPHRAGME
Nous avons commencé à travailler sur la stabilisation du système.
Plus précisément sur le diaphragme.
Le diaphragme n’est pas seulement un muscle respiratoire.
Il participe aussi à la stabilité centrale du corps et à la coordination du tronc.
Lorsque sa fonction est perturbée, toute l’organisation posturale peut être affectée.
Des recherches ont d’ailleurs montré que le diaphragme joue un rôle important dans la stabilité lombaire et la coordination du tronc (Hodges & Gandevia, 2000).
Après quelques minutes de travail, nous avons refait les tests.
LES CHANGEMENTS APPARAISSENT IMMÉDIATEMENT
Premier changement.
Elle ne ressentait plus la sensation de « bosse » dans son genou lorsque ses pieds étaient collés ensemble.
Deuxième changement.
Sa rotation du tronc est passée d’environ 45 degrés à presque 90 degrés.
Sans étirement.
Sans mobilisation articulaire.
Simplement parce que le corps était mieux organisé.
LE TEST DU SQUAT
Nous avons refait le squat.
Sans instruction.
Simplement le même mouvement.
Cette fois-ci, la descente était complètement différente.
Fluide. (Sans hésitation, Sans Saccade)
Centrée.
Comme un piston.
Elle descendait droit et remontait droit.
Sans déplacer son poids vers la gauche.
Sans douleur.
CE QUE CE CAS ILLUSTRE
Ce cas montre quelque chose d’essentiel.
Le problème ne venait pas du pied.
Ni directement du genou.
Le système essayait simplement de s’organiser autour d’un point de stabilité insuffisant plus haut dans la chaîne.
Lorsque ce point a été réorganisé, la stratégie de compensation n’était plus nécessaire.
LE CORPS NE FAIT PAS D’ERREURS AU HASARD
Le corps ne dysfonctionne pas de manière aléatoire.
Il se réorganise autour de ce qu’il peut encore faire confiance.
Quand l’automatisme diminue, le cortex prend le relais.
Quand la précision diminue, la variabilité augmente.
Quand la douleur persiste, la protection devient la stratégie dominante.
REDONNER AU CORPS SES RESSOURCES
Le travail consiste rarement à « forcer » le corps.
Il s’agit plutôt de lui redonner les ressources qui lui permettent de s’organiser correctement.
Lorsque ces ressources reviennent, la stratégie change.
Et lorsque la stratégie change, le mouvement change.
UNE QUESTION SIMPLE
Si vous n’êtes pas satisfait de la façon dont votre corps fonctionne, il est possible que votre corps ne soit pas « brisé ».
Peut-être qu’il fonctionne simplement avec des informations incomplètes.
Et dans ce cas, le travail consiste à aider le système à retrouver ce qu’il peut à nouveau faire confiance.
Intéressé de voir à quoi votre corps fait confiance ou non? Visitez ici.
Références
Hodges, P. W., & Gandevia, S. C. (2000). Activation of the human diaphragm during postural tasks.
Andy Audet – Un Corps Équilibré
Spécialiste De La Recalibration Corporelle Et Performance Humaine
Saint-Bruno-De-Montarville, Québec





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