Posturologie vs Ergonomie vs Posture
- Andy Audet
- 4 mars
- 5 min de lecture

Comprendre trois niveaux très différents
Beaucoup de gens utilisent les mots posture, ergonomie et parfois même posturologie de façon interchangeable.
Mais en réalité, ils ne décrivent pas la même chose.
Ils agissent à des niveaux différents.
Comprendre cette différence permet d’expliquer pourquoi certaines solutions fonctionnent pour certains problèmes — et pourquoi d’autres ne fonctionnent pas.
Regardons-les une par une.
1. LA POSTURE (LA VISION CONVENTIONNELLE)
La plupart des gens voient la posture comme une position.
Généralement quelque chose comme :
• se tenir droit
• les épaules vers l’arrière
• le bassin neutre
• la tête alignée avec la colonne
Dans plusieurs modèles biomécaniques utilisés en kinésiologie, en physiothérapie ou en ostéopathie, la posture est souvent évaluée visuellement.
Les praticiens peuvent observer des choses comme :
• une tête projetée vers l’avant
• des épaules arrondies
• une bascule antérieure du bassin
• des épaules asymétriques
• une hyperlordose
• une cyphose
À partir de là, le raisonnement devient souvent :
Mauvaise posture → déséquilibre musculaire.
La solution proposée est donc généralement :
• étirer les muscles trop tendus
• renforcer les muscles plus faibles
• pratiquer une meilleure posture
Parfois, cela peut aider.
Mais cela mène aussi à une autre approche assez courante.
Certaines personnes achètent des correcteurs de posture — des sangles conçues pour tirer les épaules vers l’arrière et « forcer » le corps à rester droit.
À première vue, cela semble logique.
Si la posture est une position, alors maintenir le corps dans la bonne position devrait la corriger.
Mais en pratique, ces sangles créent souvent d’autres problèmes.
Elles tirent sur les épaules.
Elles créent une pression aux endroits où les sangles serrent.
Elles peuvent restreindre la circulation ou irriter les tissus.
Et une fois la sangle retirée, la posture revient généralement au même schéma.
Parce que la posture n’est pas simplement une position.
C’est quelque chose que le corps organise automatiquement.
Et forcer une position ne change pas la façon dont cette organisation se produit.
2. L’ERGONOMIE
L’ergonomie agit à un niveau complètement différent.
Au lieu de se concentrer sur le corps lui-même, elle se concentre sur l’environnement.
En termes simples :
L’ergonomie est la science qui consiste à adapter les outils, les postes de travail et les environnements aux capacités humaines.
Par exemple :
• ajuster la hauteur d’un bureau
• placer l’écran à la hauteur des yeux
• utiliser un support lombaire
• positionner correctement le clavier ou les outils
L’objectif est de réduire les contraintes mécaniques inutiles et d’améliorer le confort et l’efficacité.
Et l’ergonomie peut absolument aider.
Si un écran est trop bas, le relever peut réduire la tension dans le cou.
Si une chaise offre un meilleur soutien, s’asseoir devient plus confortable.
Mais l’ergonomie ne change pas la façon dont votre corps s’organise à l’intérieur.
Deux personnes peuvent s’asseoir au même bureau.
Même chaise.
Même hauteur d’écran.
Même installation.
Une personne se sent bien.
L’autre développe une douleur au cou.
Pourquoi ?
Parce que l’ergonomie modifie l’environnement, pas la stratégie interne.
Voici une autre façon de le voir.
Si la douleur au cou était uniquement un problème ergonomique, elle disparaîtrait dès que vous quitteriez votre bureau.
Mais beaucoup de gens remarquent autre chose.
Ils quittent le travail.
Ils s’assoient sur le canapé.
Ils marchent un peu.
Et la tension est toujours là.
C’est souvent un signe que le corps avait déjà développé une stratégie de compensation.
L’environnement ne l’a pas créée — il l’a révélée.
L’irritation n’est donc plus seulement liée à l’environnement.
Et une fois que cette stratégie s’est exprimée, le corps ne revient pas simplement à l’état précédent lorsque la situation change.
Le système s’est déjà organisé autour de cette stratégie.
3. LA POSTUROLOGIE
La posturologie aborde la posture sous un angle différent.
Au lieu de demander :
« Quelle position le corps devrait-il adopter ? »
Elle demande :
« Comment le système nerveux organise-t-il le corps dans l’espace ? »
La posturologie repose sur l’idée que la posture est un résultat de l’intégration sensorimotrice.
Votre cerveau intègre en permanence des informations provenant de plusieurs systèmes sensoriels, notamment :
• la vision
• le système vestibulaire (l’oreille interne)
• la proprioception (articulations et muscles)
• les informations plantaires provenant des pieds
Ces systèmes aident le cerveau à déterminer :
• où se trouve le corps dans l’espace
• où se situe la verticale
• comment le poids est distribué
• comment la stabilité est maintenue
À partir de ces informations, le système nerveux organise la posture automatiquement.
Autrement dit :
La posture n’est pas quelque chose que vous maintenez volontairement.
C’est quelque chose que votre système nerveux organise.
Lorsque les références sensorielles qui guident cette organisation deviennent plus claires ou plus efficaces, la posture peut se réorganiser naturellement.
Le tonus musculaire change.
La distribution du poids change.
Les stratégies d’équilibre changent.
Non pas parce que vous avez forcé une position.
Mais parce que le système a mis à jour la façon dont il organise le corps.
(L’émergence du contrôle postural à partir de l’intégration sensorielle est bien décrite dans la recherche sur le contrôle moteur, notamment Peterka, 2002 et Proske & Gandevia, 2012.)
COMMENT CES TROIS NIVEAUX S’ARTICULENT
Chacune de ces approches agit à un niveau différent.
La correction de posture se concentre sur la position du corps.
L’ergonomie se concentre sur l’environnement.
La posturologie se concentre sur la façon dont le système nerveux organise la posture.
C’est pourquoi quelqu’un peut :
• améliorer l’ergonomie de son poste de travail
• renforcer certains muscles
• étirer des zones tendues
et continuer malgré tout à ressentir des tensions ou des irritations récurrentes.
L’environnement peut être optimisé.
Les muscles peuvent être plus forts.
Mais le système peut continuer à organiser le mouvement et la charge de la même manière.
C’est à ce niveau que la posturologie intervient.
Pas à la place de l’ergonomie.
Pas à la place de l’exercice.
Mais au niveau où la posture est réellement organisée.
Et lorsque ce niveau change, les autres commencent souvent à prendre davantage de sens.
Si la tension ou l’irritation revient malgré une bonne ergonomie ou des exercices adaptés, c’est souvent ce niveau qui mérite d’être exploré.
Andy Audet
Spécialiste De La Recalibration Corporelle Et Performance Humaine
Saint-Bruno-De-Montarville, Québec
References
Peterka, R. J. (2002). Sensorimotor integration in human postural control. Journal of Neurophysiology, 88(3), 1097–1118.
Proske, U., & Gandevia, S. C. (2012). The proprioceptive senses: Their roles in signaling body shape, body position and movement. Physiological Reviews, 92(4), 1651–1697.





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